
Que ce soit le skate ou tout autre passion, le désir de transmettre à son enfant ce qui nous fait vibrer au plus haut point est forcément omniprésent, et peut-être même obsessionnel.
Il me paraissait évident de transmettre à ma progéniture ma passion du skate, avec en ligne de mire le souhait de me donner la bonne occasion de m’y remettre, et d’étoffer ainsi notre relation père-fils. Très rapidement, je l’ai volontairement mis en contact avec une board et dès sa première année, je le faisais évoluer dans le salon avec un mini skate en le tenant par les mains. Au bout de quelques mois, j’étais capable de le faire évoluer dans une micro, quelle fierté !
Cependant, dès que mon fils a été en âge de s’exprimer correctement, vers ses 2 ans, il a clairement exprimé le refus de monter sur une planche, préférant aller faire de la draisienne ou jouer aux voitures de courses et aux motos pour lesquelles il voue une fascination débordante. Quelle déception… J’ai tenté plusieurs fois de lui proposer d’en faire ensemble mais j’essuyais de plus en plus de refus.
Je projetais tant de belles choses dans le skate pour mon fils que j’avais du mal à digérer ce rejet soudain de la planche à roulettes. Au final, ces belles choses que je projetais, étaient-ce bien pour mon fils… ou pour moi ?
Je me suis profondément questionné sur ce désir brûlant de vouloir lui transmettre MA passion, et ce que cela pouvait sous-entendre. Finalement, ces refus m’ont paru évidents car j’avais commis une erreur, me semble-t-il ; j’ai voulu le mettre sur un skate alors que moi-même n’avais pas franchement repris. Du coup, il n’avait pas eu l’occasion de me voir rider de manière récurrente. Bien sûr qu’il m’a vu rouler mais il n’a jamais pu voir ce que pouvait proposer cette bonne vieille planche à roulettes, à tenter de croire qu’il en aurait eu conscience 🤔
Comment lui inculquer une passion si pour ma part, elle ne fait plus vraiment partie intégrante de ma vie de Papa Skateur ?
J’ai voulu pousser plus loin ma réflexion , en me demandant: même si j’avais skaté de manière récurrente, comment j’aurais ressenti son rejet ? Clairement, ça n’aurait pas changé grand chose et ma déception aurait été aussi grande. Mais au fond pourquoi ?
J’en ai conclu que mes projections sur mon enfant proviennent clairement de mauvaises raisons, n’engageant que MOI:
- Ma volonté de reprendre le skateboard est personnelle et mon fils n’a pas à être la raison de cette reprise. Sous couvert de vouloir lui transmettre ma passion, mon enfant prend surtout en pleine face mes frustrations d’ancien skateur. Et cette prise de conscience rend cette idée intolérable !
- Au travers du skate, on espère que notre tendre progéniture adhèrera à des valeurs qui nous sont chères; d’une part liées à la pratique, comme le dépassement de soi ou le développement de sa créativité, et d’autre part culturelles, avec certains styles de musique, de mode ou d’état d’esprit. Clairement, cela ne laisse pas beaucoup de place à l’enfant pour développer les siennes.
- Je nourrissais l’espoir qu’un jour, l’élève dépasserait le maître, et que mon fiston puisse pratiquer à un niveau que je n’aurais jamais atteint. Je prend conscience de la projection de mes rêves sur mon p’tit bout…
Il est vraiment temps que je change de paradigme !
J’ai compris que je ne devais pas bousculer mon enfant pour le diriger vers le skate, et que cela se fera naturellement…ou pas ! Et il faut être prêt à l’accepter !
Pour conclure, proposez à vos enfants de partager… sans jamais les contraindre
Lorsque l’on a une passion chevillée au corps, qu’elle donne du sens à notre existence, la tentation est si grande de vouloir la transmettre à nos enfants… ou même de vouloir faire d’eux ce que l’on a jamais su devenir. Beaucoup d’adultes vivent leurs rêves à travers leurs enfants. Les enfants peuvent adhérer et aimer ça, et c’est tant mieux. Mais si ce n’est pas le cas, c’est dangereux car l’enfant n’osera pas toujours dire « non » à ses parents. Et il peut passer toute sa jeunesse à faire quelque chose qu’il n’aime pas, voire qui le fait souffrir.
Pourtant, une passion partagée peut faire vivre la relation parent-enfant. En effet, à travers une même passion, parents et enfants peuvent se nourrir l’un l’autre, et nouer des liens hors pair. La clé ? Ne jamais rien imposer, proposer en douceur, et porter une attention continue à la réaction de l’enfant. Pour cela, il ne faut pas hésiter à lui poser des questions (Tu as ressentis quoi ? Tu prends du plaisir ? Tu as le sentiment de progresser ? Tu te vois faire ça l’année prochaine ? etc.). Si la passion n’est pas proposée sous la contrainte, il osera davantage dire qu’il n’aime pas. Dans le cas où la passion n’est pas partagée, le parent devra apprendre à l’accepter. Et aider son enfant à trouver la sienne.
Depuis que j’ai changé ma perception des choses à ce sujet, et que je ne contrains plus mon fils à faire du skate, je remarque qu’il revient plus volontiers vers cette bonne vieille planche, et qu’il est un peu plus enclin à essayer. Est ce passager ou voué pour durer ? Désormais, je m’en fiche royalement pourvu qu’il fasse ce qu’il aime ❤
Pour conclure, voici un podcast très intéressant, à la rencontre des parents skateboarders et de leurs enfants avec qui ils pratiquent le skate. Franck Barattiero, Ben Aurélien, Toni Brossard, Seb Daurel et Jean-Marc Druesne ont répondu aux questions de Big Spin avant de parler avec leurs enfants de leur rapport avec le skateboard, et comment ils le vivent aujourd’hui.
(00:40) introduction des “skatedads” – (01:46) le moment où ça bascule – (04:33) l’enfant et le changement – (09:40) la première approche du skate – (21:07) le projet SKATEDADS – (24:51) les enfants des skatedads : Lucie Daurel, Gabriel Druesne, Syd Aurélien & Luca Barattiero
Et toi, partages tu ta passion de la planche à roulettes avec tes enfants ? Racontes nous tes expériences !