

A l’occasion du prochain festival CONNECT organisé par Léo Valls, City skate collective et l’agence Côte Ouest, du 17 au 20 octobre à Bordeaux, j’ai été invité à m’interroger sur ma propre connexion au skateboard.
Ces 2 dernières années de jachère du blog m’ont justement permis de l’affiner, ainsi que le sens personnel que je voulais y donner.
C’est pourquoi il me semblait intéressant de vous exposer ma prise de conscience; non comme une vérité absolue, car chaque lien est personnel, mais plutôt comme un outil de réflexion vous invitant à découvrir certainement un nouvel angle de vue du skateboard.
Singularité
Dans la conscience collective, il est communément admis, tant culturellement que socialement, que le
football est un sport, la musique un art, ou bien une voiture un moyen de locomotion. Qu’en est-il du skateboard ?
Présenté comme cela, la question peut faire sourire ; cependant, je vous encourage simplement à faire l’expérience suivante : demander à votre entourage de répondre en quelques mots à la question « Qu’est-ce que le skateboard ». Dans les réponses obtenues, certaines facettes se révèleront sûrement plus que d’autres mais toutes seront loin de faire l’unanimité. Certains y verront un sport ou une forme d’art dans l’expression de la créativité du skateur, d’autres une nuisance sonore et un outil de dégradation des voies publiques. Quelques personnes y verront un outil de mobilité, et d’autres un simple jeu pour enfant. Chaque personne y répondra en fonction de sa perception et de ses connaissances en la matière. Certaines réponses pourront être diamétralement opposées.
Là où je veux en venir, c’est que chaque définition du skateboard que j’ai pu lire ou entendre me semble tronquée, comme si par nature ce simple bout de bois sur roulettes échappait à la compréhension de la conscience collective. D’où la difficulté à être mis dans une « case », et c’est bien là sa singularité !
Cette singularité, l’affranchissant d’être catalogué, induit des paradoxes troublants, alimentant divers débats demeurant non tranchés. « Le skateboard est-il une culture ou une contre-culture ? », « Pour ou contre le skateboard aux JO ? » …. On pourrait dresser une liste de sujets longue comme le bras.

Alors même que le skateboard est souvent réprimé et fait face à la colère de riverains, son indéniable image de liberté et d’émancipation est reprise volontiers par le marketing pour vanter les mérites de certains produits qui, il faut bien l’avouer, n’ont bien souvent rien à voir avec le skate à proprement parlé. Qui n’a jamais vu certaines publicités de voitures, opérateurs téléphoniques ou de boissons mettant en scène notre bonne vieille planche à roulettes ?
Comme si le skateboard évoluait dans la dualité… ou plutôt, n’agirait-il pas comme miroir de nos sociétés et de ses propres paradoxes ?
Comment un objet si simple de conception peut-il sembler si complexe ? Sans aucun doute, cela fait partie intégrante de sa singularité. Et c’est en cela qu’il nous séduit !
Cela fait plus de 30 ans que le skateboard a pris place dans ma vie. Une sacrée tranche de vie qui a aiguisé ma perception sur le sens profond du skateboard et de ce que cela m’apporte. J’en ai déduit une définition simple qui, pour ma part, me semble la plus complète. Afin de vous y faire réfléchir à votre tour, je souhaiterais vous la partager.
A la question « Qu’est-ce que le skateboard », je répondrai volontiers : c’est un merveilleux outil de conscience…
Commençons par définir brièvement ce qu’est la conscience. En quelques mots, il s’agit de la faculté d’un individu de se connaître dans sa propre réalité et de juger celle-ci en conséquence ; il s’agit donc aussi de cette connaissance elle-même. En quoi le skateboard peut-il être un puissant outil d’élargissement de notre conscience et de perception de notre réalité ?

Le développement personnel – la conscience à soi

A bien des égards , le skateboard nous apporte un tas de bienfaits pour notre physique et notre mental, participant activement à la connaissance de soi. Sa pratique nous encourage à être entièrement « focus » sur notre corps et nos ressentis. En réduisant ainsi nos états de stress, nous entrons peu à peu en état de pleine conscience, consistant à porter attention à l’instant présent, aux pensées, aux émotions, aux sensations physiques et à l’environnement de façon délibérée et sans porter de jugement.
Améliorant notre capacité attentionnelle, notre gestion émotionnelle et notre lucidité, ce processus de reconnexion à soi est nécessaire à chaque instant de la pratique et a un impact direct sur nos performances physiques, nous protégeant des blessures du mieux qu’il peut, en prenant conscience de nos limites physiques et mentales. Quel que soit notre niveau, notre alignement à cette connexion à soi est palpable lors de l’état de « flow », lorsque tout est réalisé de manière limpide et fluide, presque intuitive, dans le respect de nos limites.
La marge de progression consisterait dès lors à repousser celles-ci et retrouver ce « flow » avec les nouveaux paramètres.
Dépasser ses limites physiques
La pratique du skateboard sollicite presque tous les muscles du corps: Des jambes pour pousser et maintenir l’équilibre, aux abdominaux et au dos pour stabiliser le corps, en passant par les bras pour le maintien et l’équilibre. Cela en fait un excellent moyen pour se dépenser physiquement, tout en améliorant l’endurance, le cardio et une meilleure coordination. Par cette sollicitation physique exigeante, nous pouvons alors prendre conscience de nos limites. Dans l’objectif de les dépasser et progresser, des connexions à d’autres domaines peuvent nous aider à y parvenir.
Par exemple, s’intéresser à la nutrition et à l’anatomie, et adopter un mode de vie plus sain (limitation ou idéalement l’arrêt de substances addictives, exercices quotidiens de renforcement musculaire,…) peuvent aide à traiter le manque d’endurance ou les blessures à répétition. Le Yoga ouvre quant à elle une porte évidente vers le travail de la souplesse et l’éveil à la pleine conscience .

Ces notions de connexion et d’ouverture d’esprit vers d’autres domaines complémentaires prennent tous leurs sens au fur et à mesure que l’on progresse; que ce soit dans la performance, ou avec l’âge. Elle constitue le secret d’une pratique « Safe » inscrite dans la durée.
Le skateboard est bénéfique à tous les âges et nous permet de rester actif. Même le simple fait de rouler sur votre cruiser peut être extrêmement gratifiant si vous êtes un skateur « à la retraite » qui cherche à revenir dans le « Game » sans avoir à faire des tricks complexes !
Franchir ses barrières mentales
Au delà du fait qu’il favorise la forme physique, le skateboard a également de nombreux bienfaits pour la santé mentale. De l’amélioration de la concentration et la créativité à la réduction du stress et l’anxiété, il a été démontré que le skateboard a un impact positif sur le bien-être mental.
Faire face au stress et à l’anxiété
Comme évoqué plus haut , faire taire son jugement et accéder à la pleine conscience n’est pas chose aisée lorsque nos pensées négatives prennent beaucoup de place. Evoluer dans une société pleine de contradiction, et parfois violente, vivre des évènements tragiques… Autant de facteur sclérosant cette aptitude. En ce sens, le skateboard peut réduire le niveau de stress et augmenter la confiance en soi en offrant une forme d’évasion aux soucis quotidiens. Il perfectionne également les fonctions cérébrales, améliorant la prise de décision, la créativité et la mémoire tout en libérant des endorphines qui peuvent réduire le stress et l’anxiété et prévenir les symptômes de dépression.
Pour utiliser le skateboard comme mécanisme d’adaptation, il est conseillé d’en faire une activité régulière, en l’incorporant à votre programme d’exercice quotidien. Cela peut aider à réduire les effets négatifs du stress sur le corps, tout en offrant une forme d’activité physique agréable pouvant améliorer votre humeur et votre bien-être globale.
La connexion entre santé mental et skateboard étant ainsi établie, il était donc évident que des acteurs majeurs du skate comme John Rattray et son association « Why so sad » ou John Gardner s’emparent du sujet en véritables ambassadeurs.
Renforcer la confiance
Pour renforcer sa confiance en soi grâce au skateboard, il est possible de commencer par se fixer des objectifs réalisables et de s’entraîner régulièrement car seuls la pratique régulière et l’apprentissage permettent à un individu de lui donner confiance en ses capacités. Sortir de sa zone de confort et essayer de nouvelles figures conduisent également à un sentiment d’accomplissement.
Surmonter les peurs
Personne n’est jamais monté sur une planche pour la première fois sans avoir peur de se blesser . La peur est toujours présente au fond de votre esprit lorsque vous essayez de nouvelles figures ou que vous parcourez de nouveaux spots, peu importe depuis combien de temps vous pratiquez le skateboard.

Les skateurs, contrairement à ce que l’on pense, ne sont pas des casse-cou. Ils prennent des risques calculés, en respect de leurs limites physiques. Quand on les voit sauter un set de 10 marches, ils ne sont ni irresponsables ni suicidaires. Ils l’ont simplement pratiqué des centaines, voire des milliers de fois, en augmentant progressivement la difficulté.
La tentative la plus terrifiante est toujours la première mais une fois que vous maîtrisez une compétence complexe, la peur s’estompe et cette nouvelle aptitude devient, dans une certaine mesure, presque aussi simple que de marcher !
Enseigner la résilience
Si certains sports nous apprennent la résilience, le skateboard met la barre très haut en la matière. Tomber et se relever font partie intégrante de ce sport. Il faut répéter les mêmes mouvements, les ajuster encore et encore pour en saisir l’essence et en acquérir la maîtrise.
L’une des premières choses qu’un débutant doit apprendre est la persévérance. La résilience acquise grâce au skate est une aptitude si utile dans la vie de tous les jours, car elle nous offre la capacité à rebondir après avoir connu des difficultés et des revers.
Favoriser la créativité
Le skateboard ne connaît pratiquement aucune restriction ni limitation. La méthode avec laquelle vous réalisez les figures et le style que vous affichez sont bien plus importants que les figures elles-mêmes.
Le skateboard est une discipline qui repose sur la créativité. Il s’agit de s’exprimer et d’essayer de nouvelles façons de profiter de sa planche. Le skateboard, comme d’autres formes d’art, nous permet de nous déconnecter du stress, d’exprimer nos pensées intérieures et de méditer. Et cette créativité exprime son plein potentiel lorsque nous prenons conscience de notre environnement.
La perception de la réalité – la conscience à son environnement
A mesure que nous progressons dans la pratique, notre lecture de notre environnement change peu à peu. Intégrant de nouvelles compétences, il nous est de plus en plus possible d’entrevoir les possibilités que nous offrent le mobilier urbain.

La créativité émerge alors de toute part, et la pratique peut enfin dévoiler un style plus personnel, plus singulier en soi, en connexion avec son environnement.
L’espace public devient alors un terrain de jeu intarissable.
C’est pourquoi la réponse des municipalités à la création de skate-park ne peut répondre intégralement aux singularités du skateboard. Ils ne peuvent à eux seuls constituer le seul territoire de pratique, en la standardisant et en en retirant la majeure partie de sa créativité qui en fait son essence.
Ils constituent un merveilleux outil de progression assez « safe » pour les débutants mais ils ne peuvent être vecteur de créativité comme peut l’être l’environnement urbain ! La connexion avec les arts devient alors évidente, et les arts audiovisuels prennent tous leurs sens au travers des divers vidéos et magazine de skate.

Rendant à César ce qui appartient à César, la ville elle-même s’en retrouve valorisée par les skateurs, sous les objectifs aiguisés des vidéastes et des photographes!
Au même titre que les spots, le style des skateurs, adapté à l’architecture, rendent la ville identifiable d’un coup d’œil !
L’intelligence sociale – La conscience aux autres
La conscience aux autres se traduit par la reconnaissance et la compréhension des sentiments d’autrui. Quoi qu’en disent les « non-initiés », le skateboard est tout sauf « antisocial ».
Alors que le skateboard se pratique individuellement, l’importance de la communauté et cette nécessité à s’ouvrir aux autres peuvent paraitre paradoxales. Et pourtant, face aux multiples écueils sociaux dont le skate a dû faire face, il n’est donc pas si étonnant d’y découvrir une communauté soudée. Dans celle-ci, toutes les frontières sont abolies, quelques soient l’origine, le sexe, l’âge ou la religion.
La bienveillance et l’entraide y sont légion et la persévérance dont il faut faire preuve dans sa pratique met tout le monde sur un pied d’égalité.
La conscience sociale au travers de la communauté influence notre comportement par notre habileté à évaluer nos propres forces et limites. Ces interactions enrichissent donc notre conscience à soi, en participant également au développement de notre intelligence sociale. Au travers de la pyramide de Maslow ci dessous, on saisit mieux l’importance de la communauté (besoin d’appartenance) dans un sport individuel, car elle permet d’accéder à l’accomplissement de soi.

En la combinant à la conscience de notre environnement, le skateboard, en fer de lance des cultures urbaines, a su faire émerger de nouveaux concepts d’inclusion et de savoir-vivre ensemble ; Cette conscience sociale, non dénué d’empathie, a su tenir compte des rejets multiples de cohabitation et de répression dans l’espace urbain, pour créer il y a un peu moins d’une décennie le concept de
skaturbanism. Une connexion évidente entre les skateurs, des architectes, des urbanistes et les
municipalités permettant de repenser l’espace urbain en répondant aux problématiques de chaque usager, tout en respectant leurs libertés individuelles… Vaste programme inclusif, social et passionnant, menée d’une main de maître par l’inéluctable Léo Valls sur la commune de Bordeaux !
La médiation, les compromis et les solutions architecturales portent leur fruit, et en l’espace de 5 ans, la ville est passé d’un environnement ultra répressif à une pratique quasi entièrement libre.
Les enjeux des municipalités sont compris des skateurs et le discours inclusif du Skaturbanism séduit de plus en plus les mairies. J’en ai d’ailleurs été témoin avec le projet « Mios Line » sur ma commune de Mios, en collaboration avec Léo, la municipalité, EDGAR architecture et DEDICATION à la conception.
Conclusion
Le skateboard, au-delà du simple bout de bois sur roulettes qu’il représente, est un merveilleux
médium de connexions qui étend notre champ de conscience au-delà de ce que l’on pourrait imaginer.
Par la médiation et l’émergence de concepts novateurs et inclusifs, il passe peu à peu de l’image de «rebelle » à celui de « rebelle intelligent ». Car oui, de par sa singularité, à mon sens, le skateboard gardera toujours dans son ADN un scepticisme salvateur face aux dogmes sociétaux.
Si tu souhaites toi aussi créer des connexions autour du skate et prendre conscience des multiples possibilités que cette pratique peut t’offrir, viens donc faire un tour au festival CONNECT du 17 au 20 octobre à Bordeaux, dont voici le programme :
Skate et conscience, quel est ta connexion ?
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